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Cette œuvre est véritablement l’un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire hivernale. Cela faisait quelques jours, voire une semaine, que je n’avais pas pris autant de plaisir à déguster un livre. L’écriture de ce bouquin m’a donné la chair de poule, tellement elle se lit comme elle s’écoute, c’est-à-dire que c’est écrit parfois à la manière orale. Sans chichi, les mots sont posés et c’est à chacun de savoir les encaisser. Il ne faut pas nécessairement être un grand lecteur, habitué à lire des livres, pour s’y trouver.

Nous sommes dans un quartier populaire, dit difficile. Un jeune narrateur de vingt-trois ans, « sentinelle des pas perdus », tel est le surnom que lui a donné son ami professeur, tient un journal de bord, dans lequel il chronique la vie dans son quartier, situé dans la ville de Port-au-Prince, en Haïti : « pour l’instant, j’habite ce journal que je tiens pour fixer mon regard sur ma ville occupée ». Ici, on comprend que nous sommes en train de lire un livre militant, écrit d’une façon habile. « Je sais exactement le nombre de pas entre le bord du trottoir devant la maison de man Jeanne et l’entrée principale du grand cimetière, entre le grand cimetière et la faculté de linguistique, entre la faculté de linguistique et la succursale de la banque commerciale où des militaires étrangers en uniforme entrent parfois avec leurs armes, entre la succursale de la banque commerciale et mon bord de trottoir ». « Quel chemin de misère et de nécessité a emprunté un garçon né dans un village du Sri Lanka ou dans un bidonville de Montevideo pour se retrouver ici, dans une île de la Caraïbe, à tirer sur des étudiants, détrousser les paysannes, obéir aux ordres d’un commandant qui ne parle pas forcément la même langue que lui ? Quel usage est fait de la part de sa solde qu’il envoie dans son pays à une mère ou une épouse ? Son premier viol, l’a-t-il commis dans son village natal, sur une amie d’enfance ou une petite cousine ? Ou est-ce une habitude venue avec l’éloignement, l’inconfort des baraques en pays inconnu ? A-t-il été entraîné par ses pairs ? Quand on se meurt d’ennui et qu’on possède des armes, la violence peut servir de passe-temps collectif »...

Tag(s) : #CHRONIQUES DE LIVRES, #Kannjawou – Lyonel Trouillot

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