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« Oublie-t-on le passé ? », tel est la toute première question qui me taraudait dès la lecture des premières pages de ce livre et ceci jusqu’à la fin. Je me suis aussi souvenu de ceci : « Que dire ou que faire pour que notre passé, aussi horrible soit-il, devienne un peu supportable, c’est-à-dire moins traumatisant », ceci est la question que bon nombre de réfugiés statutaires, politiques ou de guerre, se posent. Question qui amène très souvent certains à vivre au passé, c’est-à-dire à passer leur temps à rêver de ce pays lointain ou proche, donc ils ne peuvent plus y aller. Du moins, le temps que tout redevienne comme avant. Mais rien n’est jamais comme avant. Comme a dit Dany Laferrière de l’Académie française, dans l’un de ses livres : « tout change tout le temps. Les lieux, les gens, les usages. Même notre façon d’appréhender la vie. Si on ne change pas, les autres, eux, changent, et de cette manière nous changent. Perpétuel mouvement ».

Dès que l’on ouvre ce livre, il y a une photo. Bien avant le préambule, on voit une photo. Ce n’est pas qu’une photo. Même si elle est en noir et blanc, ce n’est pas qu’une photo. Il y a un sourire malicieux, il y a des yeux dragueurs, il y a un visage rempli d’innocence et de bienveillance, il y a une chemise bien boutonnée, mais ce n’est pas qu’une photo. Elle est là, c’est clair on la voit mais ce n’est pas qu’une photo. Il y a des cheveux tout noirs qui brillent comme les étoiles, mais ce n’est pas qu’une photo. Ça ne peut pas être qu’une photo. Il y a ce quelque chose qui nous conte une histoire, alors ce n’est pas qu’une photo. Il est mentionné en bas : « Mon frère, assassiné à 17 ans », mais ce n’est pas qu’une photo. C’est bien plus que ça. C’est quelque chose de fort, clair et précis. Ça dit beaucoup de choses, c’est toute une histoire, un chapitre d’une vie, un moment ancré à jamais dans le souvenir collectif d’une famille. Alors ça ne peut pas être qu’une photo, c’est impossible. L’auteure a fait un choix extraordinaire avec cette image, elle nous résume si bien son magnifique livre.

Parlons un peu du contenu : c’est un témoignage qui m’a donné la chair de poule, l’auteure nous décrit si bien les scènes, l’horreur qu’a subie le peuple cambodgien. Les parents de la narratrice habitaient à l’ouest du Cambodge, à Battambang. Elle était en 1975, lorsque tout a basculé, étudiante à Phnom Penh, la capitale située dans la moitié sud du pays. « Nous sommes restées calmement blotties derrière les sacs de sable pendant à peu près une heure. Les tirs de roquettes paraissaient diminuer leur cadence petit à petit. Tout à coup, nous avons entendu le signal « Partir ». Avec leurs affaires dans les mains, tous les passagers à destination de Battambang commencèrent à courir le plus vite possible pour entrer dans l’avion. À peine avions-nous passé la porte que des roquettes se mirent à pleuvoir de nouveau. L’avion décolla rapidement en abandonnant derrière lui quelques passagers malheureux qui n’avaient pas réussi à atteindre l’avion à temps. » « Un ami de mon père venant du centre-ville nous fit part des dizaines de cadavres qui jonchaient déjà les rues. Mon père m’ordonna de rentrer dans la maison parce que les diables noirs étaient capables de tirer sur tous ceux qui ne leur plaisaient pas »…

Sous le joug meurtrier - Chantha Ang
Tag(s) : #CHRONIQUES DE LIVRES, #Sous le joug meurtrier - Chantha Ang

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