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JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS – Dany Laferrière

Il est de ces livres qui ont le don de nous faire du bien, de nous faire rire. Il est écrit sous forme de chroniques, qui se suivent les unes les autres, sur un même fil conducteur. Il s’ouvre avec une scène qui m’a fait m’esclaffer à gogo :

« Mon éditeur a téléphoné pendant que j’étais parti acheter du saumon frais. Il veut savoir où j’en suis avec ce foutu bouquin (…). La voix de mon éditeur me semblait bien aigre, malgré toute la chaleur qu’il a cru y mettre. Je le comprends un peu. Il ne m’avait pas vraiment tordu le bras pour écrire ce livre. J’étais le premier à hocher vigoureusement la tête quand il m’a dit qu’il fallait absolument que j’écrive un nouveau livre (…). Quoi ? Je suis un écrivain japonais. Bref silence. Large sourire. Vendu ! On signe le contrat : 10 000 euros pour cinq petits mots. Dans l'euphorie, je raconte à l'éditeur l'anecdote de Vonnegut Jr. On parle déjà d'un bandeau : « Le plus rapide titreur d'Amérique ». Mais on a vite laissé tomber, par pudeur. Voilà le problème de l'Europe : une trop grande conscience du ridicule. Ce n'est pas le ridicule qui nous tuera, mais sa peur. Si on a laissé tomber ce bandeau, c'est aussi à cause de l'ambiguïté du mot « titreur ». La grande majorité des lecteurs aurait lu sûrement « tireur » ou, pire, « tueur ». En fait, on a été lâches. Revenons au titre. Il l'a pris dans ses mains comme un briquet dans un espace interdit aux fumeurs. Il l'a retourné dans tous les sens. Mon titre a gardé sa force à chaque fois. Subitement, il se met à l'écrire sur la nappe. C'est assez banal, tout compte fait – sauf le mot japonais. Dans mon cas, ce n'est pas une plaisanterie, car je me considère vraiment comme un écrivain japonais. »

Vous l’aurez certainement compris, c’est l’histoire d’un écrivain qui promet à son éditeur de publier un nouveau livre, il n’a que le titre de trouvé, il empoche quand même l’acompte que lui remet celui-ci :

« J’ai donc négocié un livre que je n’ai pas écrit, que je sais que je n’écrirai pas, et dont je n’ai, pour toute preuve, qu’un titre ». Il n’a jamais été dans ce pays, il ne connait pas le Japon, tout ce qu’il connait c’est sa situation géographique par rapport au monde :

« Je ne connais personne qui vient d’Asie. Je suivrai n’importe quelle fille qui se prénomme Asie (…). Je pense à ce continent comme un explorateur du XIXe siècle. Je m’en fais une idée à partir de ma chambre ». Il décide d’aller vers la diaspora japonaise de Montréal. Tanizaki, membre du consulat du Japon, se met à pister notre écrivain, se suis un suicide, une popularité inimaginable au Japon… JE VOUS INVITE À DÉCOUVRIR LA SUITE.

Extraits :

 

« Dans la vie, on prend toujours le mauvais chemin au bon moment.»

« Je savais que la littérature comptait pour du beurre dans le nouvel ordre mondial. Il n'y a que les dictateurs du Tiers-Monde qui prennent les écrivains au sérieux en les faisant régulièrement emprisonner, ou fusiller même. »

« Le désir c'est la distance à parcourir entre la soif et la fontaine qui recule au fur et à mesure qu'on avance vers elle. »

JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS – Dany Laferrière  de l'académie française
JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS – Dany Laferrière  de l'académie française
Tag(s) : #CHRONIQUES DE LIVRES, #Dany Laferrière, #JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS, #JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS – Dany Laferrière

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