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« Le Cameroun tout entier a chanté et dansé au rythme de ces paroles dans les années 90. Et même aujourd'hui, il suffit de réécouter cette chanson pour replonger dans l'ambiance de l'époque.

Pour ceux qui ne situeraient pas cette chanson, vous pouvez l'écouter ci-après.

 

Si cette chanson a eu du succès, c'est d'abord et avant tout pour l'humour de l'histoire racontée. Le titre exact de la chanson est « la suite de l'affaire », affaire où Cirage a trompé une belle de nuit en lui donnant une pièce de 10 F en lieu et place des 5000 F convenus.

 

La belle revient donc le voir, prétendument enceinte, et avec des prescriptions médicales exigeantes pour le bon déroulement de la grossesse. Prescriptions que Cirage prend complètement en charge. Mais après 9 mois de grossesse, rien, 15 mois, toujours rien. ET quand au bout d'une éternité, la dame accouche, le bébé n'en est pas un. Il joue avec les autres enfans dès sa naissance, en n'oubliant pas d'être particulièrement laid. M. Cirage crie à l'escroquerie.

 

Certains commentateurs de l'époque ont dit que les Maxtones du littoral (groupe auquel appartenait M. Cirage) ont essayé de critiquer le système, l’enfant étant la métaphore des salaires promis et n'arrivant pas. Le Cameroun traversait en effet une période budgétaire particulièrement critique. Nous ne pensons pas que les auteurs de cette chanson aient eu une telle ambition, et que la leur se limitaient à distraire à partir de scènes de la vie courante. Et c'est justement cet objectif qu'ils avaient, qui conduit au présent article dont le but est l'analyse du Cameroun dépeint par M. Cirage, qui à bien des égards, est toujours le Cameroun de 2012.

 

Attention ! Le but, bien évidemment ne se limiterait pas à dénoncer des tares, mais à faire prendre conscience à chacun d'entre nous, ce qu'il est possible d'améliorer. Nous procéderons par progression chronologique dans la chanson.

 

Tout commence quand la donzelle vient frapper à sa porte. Elle lui dit qu'elle est enceinte. Et miracle, alors qu'il ne l'a « connue » qu'une fois, il accepte cette paternité qui tombe du ciel, ou plutôt de la lune. On comprend que M. Cirage a dû abréger, parce que tout de même ce n'est qu'une chanson de 8mn et pas la vraie vie, mais tout de même ! On comprend alors la valeur ou la signification d'un enfant. C'est Dieu qui donne d'une part (donc on prend). D'autre part cela place là l'homme et sa virilité, illustrée par sa capacité de procréation. Les jeunes couples mariés mais sans enfant le savent mieux que quiconque. Une fois mariés, vous devez « marquer le but ». C'est impératif. Vous organiserez votre vie après. L'enfant ne vient pas dans un cadre organisé, on essaiera d'organiser le cadre une fois qu'il sera là. Donny Elwood arrive à la même conclusion dans son tube où la mère essaie en vain d'avorter. Du coup on doit se dire que l'avortement ne doit pas être la solution privilégiée des filles ayant fauté », mais nous ne disposons pas de statistiques fiables.

 

A noter aussi que si la donzelle est enceinte au bout d'une nuit, c'est que le rapport a été sans protection. Certes nous n'étions qu'au début des 90's (SIDA encore un peu confidentiel), mais bien d'autres maladies existaient déjà. Et aujourd'hui encore, y en a qui continuent, quitte à payer plus cher, et il y a des « travailleuses » qui l'acceptent. Ceci dénote une certaine inconscience et même inconséquence.

 

Continuons dans la chanson. La donzelle dit qu'elle doit aller faire les visites médicales. Il lui dit va. On note l'irresponsabilité du père par rapport à une telle tâche, parfaitement normale apparemment, ce qui traduit donc le machisme de la société. Elle revient lui dire que le docteur a prescrit un certain nombre de choses. Puisque c'est son bébé, et puisqu'apparemment il a les moyens de payer ces choses, il les paye. Générosité. Certes, mais aussi absence de contrôle. Ce qui se manifeste aussi dans l'absence de contrôles dans la réalisation des projets, dans la vérification des informations publiées dans les médias, et dans la prolifération des églises dites réveillées. « Le docteur a dit que ». « Ok, puisque le docteur a dit que »

 

On rentre ensuite dans la partie de la chanson qui a fait son succès. Celle où on attend. On attend quoi ? L'enfant. Car après 9 mois, il n'est pas là. Toujours pas là après 14 mois. Et que fait on pendant ce temps ? On attend. Nous retrouvons ici le stoïcisme ou le fatalisme.

 

On continue d'attendre. Et puis soudain, on prend une initiative. Aller chercher le « lait magique » qui fait littéralement tomber l'enfant dans les mains. En d'autres termes le recours à des pratiques artisanales basées sur des rumeurs au lieu d'aller vers les process plus structurés (médecine légale). « La saleté ne tue pas l'homme noir » est un exemple de légende (racistes) employée pour excuser le fait que l'on n'applique pas certaines règles élémentaires d'hygiène. C'est aussi ainsi qu'une réputation peut être détruite sur des rumeurs, ou construite.

 

On continue d'attendre et enfin, on croise un médecin qui dit qu'il faut toujours attendre. Tout le monde sera d'accord pour dire qui 'il aura accompli son travail avec légèreté. Discréditant ainsi les médecins (et les autres professionnels) qui eux, agissent avec sérieux.

 

Et enfin l'enfant naît. Passons sur le fait que M. Cirage n'apprend cet accouchement que très fortuitement (il n'y avait pas encore les téléphones portables). L'importance sociale de l'enfant est de nouveau illustrée quand il appelle la fille sa femme », parce qu'elle aura porté son enfant. Il se trouve que l'enfant en question n'est pas beau. Il est même laid. Très laid. Et le mari déclare alors que ce ne saurait être son enfant. Je ne peux pas faire un enfant pareil. Je suis trop beau pour cela. Estime de soi. D'autre part, bien que tout laisse à croire que ce soit là l'enfant que j'attendais, je m'en déresponsabilise complètement. Je n'ai rien contrôlé pendant mon projet, mais le résultat ne me plaît pas, donc ça ne peut pas être de moi. C'est forcément la faute de quelqu'un d'autre. Déresponsabilisation. On croit entendre plusieurs de ceux qui sont actuellement en prison suite à l'opération Épervier.

 

A ce stade, le lecteur se dira peut-être que ne sont mis en gras que des mots péjoratifs. Il se trompera, car si il est mot qu'il faille retenir, c'est bien le mot joie, cette joie de vivre qui transpire tout au long de la chanson. C''est pour cela que nous aimons notre pays. Et c'est pour cela que quand nous trouvons qu'il y a des tares, nous devons nous employer à les résorber. En commençant par nous-même.

 

Une Explication de texte, par Mebene

Tag(s) : #Vu sur le net, #« On attend l'enfant l'enfant ne vient pas Iyééé » de Monsieur Cirage

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