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L'histoire racontée par The Girls pourrait atteindre les sommets du glauque, de l'horreur et du voyeurisme. Largement inspiré par l'affaire Manson, le roman retrace les mois qui ont précédé le drame à travers le regard d'Evie, une jeune ado fascinée par ces filles qui vivent aux côtés de Russell, le leader du groupe. Seulement, on a beau chercher, l'horreur ne se trouve pas dans les pages du livre. On y trouve le portrait d'une adolescente emportée par son envie d'échapper au quotidien décevant offert par sa mère et son amie bien rangée pour rejoindre ces « filles » libres et sûres d'elles. Rien ne gêne Evie dans le ranch de Russel, ni la crasse, ni les vols perpétrés pour faire vivre le groupe, son regard altère la réalité pour lui offrir ce qu'elle demande : de l'amour, de l'attention, une raison d'exister. L'atmosphère reste malsaine, j'ai eu envie de rester dans le roman d'Emma Cline tout en étant parfois mal à l'aise dans cette ambiance très particulière et pourtant si prenante.

   
« I waited to be told what was good about me. I wondered later if this was why there were so many more women than men at the ranch. All that time I had spent readying myself, the articles that taught me life was really just a waiting room until someone noticed you – the boys had spent that time becoming themselves. »

   
Emma Cline interroge beaucoup la situation des femmes américaines dans la fin des années 1960. le mouvement hippie tend à les libérer et pourtant, c'est sous la coupe de Russel que toutes ces filles évoluent. le chef reste un homme qui connaît assez bien les jeunes filles pour les manipuler à la perfection. Il accueille les filles comme si elles étaient attendues, leur offre juste assez d'attention pour les fasciner et les soumettre. Pourtant, le véritable gourou d'Evie n'est pas Russel mais Suzanne. Suzanne, la fille aux cheveux noirs toujours attirante sous des vêtements sales et dont les véritables sentiments restent souvent un mystère. C'est elle qui captive Evie et qui lui fait découvrir le ranch, elle qui la fait rester, et qui la fait fuir quand le pire se produit. le sentiment qu'éprouve Evie n'est pas de l'amitié, mais une forme d'amour et de dépendance inexplicable.

  
« I was eager for our encounters, eager to cement my place among them, as if doing what Suzanne did was a way of being with her. »


The Girls laisse aussi la place à un autre regard : celui de l'adulte que devient Evie. Les chapitres se tenant des années plus tard lui offrent la possibilité de prendre du recul mais aussi de se retrouver à travers le personnage de Sasha, une jeune fille qui vient partager, accidentellement, son quotidien pendant quelques jours. Evie se retrouve à travers Sasha dans ces comportements d'ado en quête d'une attention que ses parents ne parviennent pas à offrir. Des années plus tard, rien n'a véritablement changé.


« Poor Sasha. Poor girls. The world fattens them on the promise of love. How badly they need it, and how little most of them will ever get. […] Then the dreams are taken away with such violent force; the hand wrenching the buttons of the jeans, nobody looking at the man shouting at his girlfriend on the bus. »


Je pense qu'à travers cette chronique maladroite, vous pourrez déjà deviner que ce premier roman a été un coup de coeur pour moi. Emma Cline a su dresser un portrait de l'adolescence d'une justesse incroyable en s'appuyant sur ce drame. J'ai vu passer certaines critiques reprochant à l'auteure de s'inspirer de Manson tout en changeant les noms et quelques éléments du drame, pourtant, c'est ce qui permet au roman d'atteindre un caractère plus universel à mes yeux.

The Girls d'Emma Cline
Tag(s) : #Vu sur le net, #The Girls d'Emma Cline

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