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ET SI SEULEMENT… DE DANIEL LAPIERRE

Il n'y a plus guère d'espoir de guérison pour la soixantenaire Hélène Dacourt. Entre la visite matinale du médecin, la toilette, les soins infirmiers et les repas insipides, les journées se ressemblent toutes. le sommeil ne suffit bientôt plus à compenser ce manque d'échanges et d'activités. Pourtant Hélène n'a pas parcouru seule les chemins de la vie. Mariée, mère d'une fille maintenant adulte, elle connaît en plus les joies d'amitiés solides comme le roc, nouées pendant ses années de lycée. Ses « petites soeurs », comme elle les appelle. Mais à cause de la distance, des obligations, de la peur de déranger ou de celle de devoir affronter le déclin d'un être aimé, les visites se font rares et tout cela rend le quotidien d'Hélène d'autant plus monotone. Un jour, arrive Marie-Anne, cette bénévole si douce, si calme qui visite les malades et les accidentés les plus isolés du service. Hélène est tentée de la rabrouer sans ménagement pour lui faire quitter sa chambre, mais au fond, qu'a-t-elle à perdre à essayer ? Les deux femmes d'un âge comparable se découvrent vite des points communs. Plus le temps passe, plus les conversations se font intimes, en dépit même du fait qu'elles se font toujours de façon unilatérale. Marie-Anne est là pour écouter ce que les autres ont à dire, pour les aider à déposer leur fardeau le temps de leur convalescence ou pour les encourager à soulager leur conscience avant leur dernier souffle.
Hélène affiche la même vivacité d'esprit que ses amies lui ont toujours connue. Elle plaisante, taquine, provoque, joue la comédie et tente quelques mensonges comme pour mieux tester sa nouvelle interlocutrice. Ces visites rompent la routine hospitalière, entre examens médicaux pénibles et nouveaux symptômes de ce corps qui s'étiole. Hélène n'attend plus que cette petite heure ou deux où le dialogue l'amène à reconsidérer sa vie d'un oeil las mais lucide. Ses études, sa carrière de directrice d'école, ses amours, tout est revu au microscope ; la pauvre a traversé bien des épreuves... Instruite, autonome, piquante et pétillante à la fois, Hélène avait tout pour réussir. Mais sa vulnérabilité sentimentale face aux hommes lui a joué bien des mauvais tours. Elle s'est laissée attendrir par des goujats, des profiteurs, des hommes faibles conjuguant parfois l'alcool et la fièvre des paris, et ses « petites soeurs » n'ont franchement pas été mieux loties...


Daniel Lapierre nous livre ici l'histoire de femmes ordinaires, souvent bafouées par les hommes. Des femmes qui se voyaient promises à un brillant avenir et qui se sont heurtées aux écueils de la réalité, mais surtout des femmes qui ont su rester unies et s'entraider dans l'adversité. Malgré la difficulté de son parcours et les relations impersonnelles qu'elle entretient avec sa propre fille, malgré l'épreuve de la maladie, Hélène ne se plaint pas, ne s'apitoie pas sur son sort. Elle est consciente de sa part de responsabilité dans les choix qu'elle a faits.

D'une plume soignée, aux dialogues soutenus convenant à merveille à la génération d'Hélène et de ses pairs, Daniel Lapierre nous dévoile une histoire pleine de sensibilité et de déraison, dont le propos illustre à merveille le dicton de Blaise Pascal selon lequel « le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. » et résonne comme une mise en garde pour les générations à venir.


Résumé


« − C'est si bon de dormir, n'est-ce pas ?

− Je ne dormais pas...

C'est vrai, je ne dormais pas. Je ne pensais pas non plus et cette léthargie, je le confesse, avait quelque chose de
 délicieusement tiède et agréable d'où j'avais envie de sortir avec mauvaise humeur. Ce n'est pas une infirmière, ni une aide soignante ; elle ne porte pas la blouse. Une femme mûre, brune, les cheveux à peine grisonnants aux tempes et tirés en chignon sur la nuque. Elle ne se teint pas; peut-être qu'elle s'accepte. Et elle n'a pas tort. La cinquantaine, avec un rien de distinction naturelle, en partie due à un sobre tailleur gris. Je ne l'ai jamais vue ici ni ailleurs. Une brusque pensée avortée, trop rapide pour être douloureuse, me fait baisser les yeux sur sa poitrine : elle ne porte pas l'insigne de la croix. C'est le gris qui m'y a fait penser soudain dans ma demi-conscience. Non, le moment n'est pas encore venu.

− Qui êtes-vous ? »

Hélène Dacourt est hospitalisée, et pendant sa convalescence, elle fait la rencontre de Marie-Anne, une bénévole venue réconforter des personnes n’ayant pas de visite.

 

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